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ARCHITECTURE SÉCURITAIRE !

 
Le Syndicat des Architectes prend bonne note de l’article de Luc Bronner : « Violences Urbaines : la police s’empare de la rénovation des quartiers » (Le Monde, 27.01 2008), et à ses intéressantes suggestions destinées à améliorer la sécurité des quartiers sensibles : destructions des dalles, passerelles, et autres dénivelés propices au caillassage, scellement de plots béton anti-voitures-béliers devant les vitrines, neutralisation de l’accessibilité des toitures terrasses par des toitures en pentes, éclairage type mirador –80 lux- des parkings, halls, et autres espaces communs, arrachage des haies qui bloquent la vue des forces de l’ordre, etc.

Mais le Syndicat remarque que ces intentions restent timides, et pourraient aller plus loin pour optimiser la sécurité recherchée. Par exemple : Ne serait-il pas plus simple de construire un mur en béton autour des quartiers, à l’instar des exemples moyen-orientaux aujourd’hui mis en place à Bagdad ou à Gaza ? Avec, encore mieux, un chemin de ronde et des projecteurs ? Ou plus simple encore, de transférer les habitants de ces quartiers dans des espaces déjà emmurés, éclairés, et contrôlés de manière adéquate ?

Nous soulevons aussi cette question angoissante : Si les voitures béliers deviennent inefficaces grâce à des plots en béton, ne faut-il pas craindre l’apparition de Camions-béliers ? Puis de bulldozers-béliers volés sur les chantiers lorsque les plots auront étés remplacés par des petits bunkers ? Est-ce que, peut-être, l’escalade des moyens de protection pourrait avoir un rapport avec l’escalade des moyens d’agression ? Comment ne pas penser à un Michael Moore ébahi, ouvrant à la volée les portes non fermées à clef de maisons canadiennes sur des parcelles libres de tous murs et clôtures, à l’instar de tous les quartiers résidentiels nord-américains, et d’y trouver des gens sans armes à feux ? –Bowling for Columbine- Mais au delà de ces considérations qui pourraient vite devenir politiques, et ne font à ce titre pas l’objet d’avis autorisés de la part de notre syndicat d’Architectes, Nous ressentons le devoir de prévenir le Ministère de l’Intérieur qu’il va sans doute devoir composer, dans ses intentions urbanistiques, avec les intentions d’à peu près tous les autres ministères : Ville et logement évidemment, qui auront aussi peut-être quelque chose à dire concernant les aménagements et l’équipement des espaces publics, mais aussi transport et équipement, dans le cadre de la dé-ghettoïsation des quartiers, éducation, travail, insertion, et surtout environnement. Ces derniers vont probablement revendiquer aussi les toitures, afin d’y disposer des panneaux solaires, mais avec d’autres orientations de pentes (le sud) que celles de la police (l’égout).

Mais comment va-t-il être possible d’arbitrer entre toutes ces intentions louables, mais malheureusement pas coordonnées ? Comment chacun pourra-t-il y trouver son compte ? Le policier, le pompier, l’handicapé, le sociologue, l’écolo, le comptable de la république, le postier, l’éboueur, le chauffeur de bus, mais avant tout, l’habitant du quartier qu’il ne faudrait pas oublier ? Il faudrait trouver quelqu’un qui soit sensible à la fois à toutes ces approches, quelqu’un dont le métier serait de faire une proposition de synthèse entre des intentions émanant de partis différents. Quelqu’un qui serait compétent à l’échelle du territoire, afin d’articuler le quartier avec son voisinage, avec le tram ou les bus, qui saurait dessiner un paysage ou les parkings et les espaces collectifs s’articuleraient en harmonie, dans le respect des accès pompiers et de la police, qui saurait diversifier les populations et les fonctions du quartiers en introduisant des ateliers, des entreprises, des bureaux, des lofts… Et quelqu’un qui saurait en même temps travailler en détail, à petite échelle, pour imaginer des espaces commerciaux conviviaux, peut-être des arbres à la place des plots en béton, qui saurait faire des propositions respectueuses de l’environnement… Et rêvons même, quelqu’un qui saurait chiffrer une intervention, voire se tenir dans une enveloppe prédéterminée ! Quelqu’un dont le métier serait « la qualité de vie ». Pour tous !

Aujourd’hui, la SEULE compétence transversale capable de répondre à cette question, c’est celle d’un Architecte. Il maîtrise toutes les échelles, du dessin de la poignée de porte du hall à l’insertion d’un quartier entier dans sa ville, en passant par l’aménagement bâti des appartements, des espaces de travail, des communs, et des espaces non bâtis de circulation, l’espace public multi-fonction, et le paysage. C’est donc le seul qui pourra les mettre en cohérence. C’est lui qui pourra implanter au mieux les arrêts des transports en commun, les nouvelles constructions et programmations, articuler les usages des habitants, jeunes, vieux, sdf, ou en fauteuil roulant, des services, des pompiers, et de la police… Il manipule la réglementation et les désidératats des représentants de tous les ministères depuis des années. Il arrive à les articuler avec maestria, et même à faire des belles choses en dépit d’un avalanches de contraintes toujours plus nombreuses et lourdes. Il est le chef d’orchestre qui met en harmonie les travaux de tous les corps de métiers spécialisés en rapport avec la question de l’urbanisme et de la construction, de l’ingénieur au paysagiste en passant par le politique. Aujourd’hui, au regard des questions posées par cet article, l’Architecte est incontournable.

Mais pour qu’il puisse travailler, il faut arrêter de lui dicter sa manière de faire. Il faut lui donner un objectif : sécuriser les dénivelés ou les vitrines par exemple, et lui laisser proposer une manière d’y parvenir, car l’architecte possède mille références, a vu mille exemples pour parvenir à un résultat autres que celui imaginé par son donneur d’ordre. Sa proposition unique pourra répondre à plusieurs demandes à la fois. Il est temps de passer à un cahier des charges performanciel, qui peut se résoudre de plusieurs manières différentes, et oublier enfin les YaKa et la cosmétique obsessionnelle de l’aménagement dictatorial. Monsieur le ministre de l’Intérieur, si vous souhaitez vous emparer de la rénovation des quartiers, il est temps de vous mettre en rapport avec les Architectes ! A défaut, je crains que vous ne puissiez aller bien loin…

Pour le Syndicat des Architectes des Bouches-du-Rhône par Julien Monfort.

 
 
Publié le mardi 6 mai 2008

 
 
 
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